De nombreux élevages se retrouvent en situation de stock fourrager critique en ce début de printemps consécutive à la sécheresse caniculaire de l’été dernier. Il devient donc urgent d’établir un bilan fourrager, et d’envisager les diverses possibilités de reconstitution de réserves alimentaires pour les prochains mois. Cet article se propose d’en faire le point.

Le bilan fourrager

Etablir un bilan fourrager permet de mesurer l’état du stock de matière sèche des fourrages et d’apprécier les récoltes à court terme pour les comparer aux besoins du troupeau pour l’année à venir. Il convient de l’analyser par période, afin d’éviter tout risque de « trou fourrager » toujours très délicat et coûteux à combler. Les 3 périodes à risques sont la fin du printemps, l’été et l’automne-hiver. Pour chaque période, il faut déterminer quelles sont les possibilités de pâturage et les opportunités de constitution de stock additionnel. Au-delà, il faudra prévoir de refaire un volant de sécurité alimentaire pour l’année 2020 : il faut compter 15 à 20% de la consommation annuelle de fourrage pour revenir à une situation plus confortable.

Produire du fourrage vert au printemps

Valoriser au maximum les prairies en place.
C’est la principale source de nourriture pour le début du printemps. La production des prairies en place doit être soutenue par une fumure organique et minérale permettant l’expression de leur potentiel. La production est d’autant plus profitable que l’herbe est pâturée jeune, et avec une fréquence soutenue. Les excédents de pousse d’herbe doivent être fauchés pour constituer un stock de report qui sera fort utile en été. N’hésitez pas à « débrayer » certain paddocks pour en faire de l’ensilage ou de l’enrubannage, ni à effectuer les fauches de refus qui s’imposent.

Implanter des espèces pâturables à cycle court.
Les dérobées permettent, grâce à une installation rapide et une bonne appétence, une production de fourrage de qualité pour un coût raisonnable. En voici les principales :

Les crucifères : colza fourrager et radis fourrager poussent en 50 à 60 jours, sont riches en MAT et très appétants pour un pâturage au fil.

Les graminées courte durée: Les RGI alternatifs et le Sorgho fourrager cultivés seuls ou associés à un trèfle à cycle court tel que le trèfle d’Alexandrie, sont dotés d’un potentiel de rendement très intéressant pour combler le trou fourrager. Le Sorgho fourrager de type hybride est apte à fournir cinq cycles d’exploitation au cours de l’été. C’est un incontournable de l’affourragement en vert d’été au sud de la Loire, ainsi que le millet fourrager et le Moha.

Les légumineuses à petites graines : trèfle d’Alexandrie, trèfle Squarrosum et trèfle incarnat sont essentiellement cultivés avec les RGI alternatifs dans une proportion de 10 Kg de trèfle plus 15 à 20 Kg de graminées. Souvent destinés à la fauche, ils peuvent néanmoins constituer une bonne solution de dépannage à la fin du printemps pour le pâturage.

Constituer du stock pour l’été

Semer maintenant pour récolter à la fin du printemps
Les légumineuses à grosses graines type Vesce de printemps associées à une céréale tuteur telle que l’avoine diploïde offrent la possibilité de constituer un stock important en l’espace d’un trimestre. Le fourrage récolté, assez riche en MAT s’il est récolté au bon stade, sera d’une grande utilité pour nourrir les animaux à l’entretien. Le Moha et le Millet fourrager associé au trèfle d’Alexandrie sont facile à réussir, et pousse très vite. Ils offrent un bon rendement et une bonne qualité fourragère si récolté avant épiaison. En général, le moha ne sera exploité qu’une fois, tandis que le Millet fourrager dispose de bonnes capacités de repousse. Les mélanges fourrager prêts à semer tels que le Mix express, Mix alternatif et le

sont également très utile pour reconstituer du stock en quelques mois.


Stocker tous les excédents de pousse printanière
Il faut profiter de chaque possibilité de récolter l’excès de production du pic de pousse printanière. L’enrubannage est une technique de conservation d’une extrême souplesse à cet effet, qui présente l’avantage de fournir un fourrage à haute valeur alimentaire. La récolte de céréales immatures est également une piste de secours à explorer dans les situations les plus critiques.

Possibilité de pâturage d’été

Les espèces d’appoint pâturables en été sont implantées au printemps, ou bien en dérobées juste après une culture récoltée au tout début de l’été telle que l’orge. Il s’agit principalement du sorgho fourrager multicoupe, du Moha et du Millet fourrager, ainsi que des colzas et radis fourragers.

Produire du stock pour l’automne et l’hiver

Implanter quelques Ha d’une variété de maïs fourrage très précoce donne la possibilité de constituer un « silo de soudure » utilisable avant la récolte principale à l’automne. Cette récolte par anticipation vient s’ajouter aux différentes sources de stock évoquées précédemment.

Pour retrouver une certaine sécurité alimentaire, il est souvent nécessaire d’emblaver quelques Ha supplémentaires en maïs fourrage par rapport à la sole habituelle, et d’envisager toutes les inter-cultures d’hiver à destination fourragères.

En résumé

De nombreuses alternatives sont à la disposition des éleveurs pour reconstituer du stock alimentaire pour leurs troupeaux. Les cultures dérobées s’intègrent d’autant mieux dans le système fourrager qu’elles sont en cohérence avec la rotation déjà en place sur l’exploitation.
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François-Régis DUBREIL
Responsable de marché agrofourniture