Pour bien conserver un fourrage, toutes les étapes du chantier sont importantes : propreté du chantier (terre, …), tassage, fermeture, qualité de la bâche, dimensions du silo pour avancer vite à la reprise, rapidité de consommation de la balle d’enrubannage, …
L’essentiel est aussi de récolter un fourrage de qualité au meilleur stade, gage d’une forte valeur en sucre.
Les conservateurs peuvent se révéler une aide précieuse pour des fourrages difficiles à conserver ou lorsque les conditions météorologiques ne sont pas idéales.
Alors comment faire le bon choix entre les différents types de conservateur ?
Quels sont les différents types de conservateurs et leurs particularités ?
Les principaux types de conservateurs utilisés actuellement sont : les bactéries, les acides, les tanins et le sel (chlorure de sodium).
Comment agissent-ils ?
Les conservateurs permettent d’orienter et de booster les fermentations naturelles des bactéries et micro-organismes présents sur le fourrage. Ils limitent les pertes de valeurs et éliminent les indésirables (butyriques, clostridium, moisissures, …).
Les différents conservateurs ont chacun leurs modes d’action particuliers qui sont détaillés ci-après :
- Les acides dits « organiques », l’acide formique et l’acide propionique : • l’acide formique a des propriétés très acidifiantes et inhibe les fermentations indésirables.
- Les bactéries lactiques vivantes contenus dans les « conservateurs ou inoculants biologiques » : Il existe 2 types de bactéries lactiques :
- Les tanins :
- Le sel (chlorure de sodium) : Très utilisé par le passé pour la conservation du fourrage, il ne s’applique que sur le dessus des tas d’ensilage car il faut des quantités importantes (25 à 30 kg par tonne de fourrage), qui ne sont pas compatibles avec les besoin de tous les animaux d’élevage. Il n’agit pas pour acidifier mais préserve des moisissures et donc de l’échauffement. Il s’utilise en association avec un autre type de conservateur qui lui sera réparti dans tout le fourrage. C’est la solution la plus économique et intéressante pour le partie haute du silo pour les ensilages.
• l’acide propionique a des propriétés anti-microbiennes et inhibe les champignons et les moisissures, responsables de l’échauffement.
Pour limiter au maximum leur effet corrosif, des produits neutralisés dit « tamponnés » sont disponibles. Les acides organiques se présentent sous forme liquide ou solide (semoulette, mini-granulé).
• les bactéries homofermentaires (Lactobacillus plantarum, L. lactis, L. rhamnosus, L. lactis, L.paracasei, L. Diolivorans …) dont le rôle est l’acidification du silo rapidement et fortement ou dans la durée selon les souches.
• les bactéries hétérofermentaires (Lactobacillus buchnerii,...) dont les produits de fermentations sont l’acide acétique et l’acide propionique aux propriétés antifongiques donc anti-échauffement.
Les produits proposés sont des associations de bactéries.
Attention, l’efficacité ne se juge pas au nombre de souches de bactéries sélectionnées dans le mélange : la plupart des essais internationaux ont été réalisés avec 1 à 3 souches maximum de bactéries. L’important est de combiner la bonne association de bactéries adaptée au type de récolte (ensilage ou enrubannage) ou type de fourrage (graminées et/ou légumineuses).
Le savez-vous ? Les bactéries travaillent dans une fourchette de taux de MS du fourrage compris entre 25 et 60 % de MS. Et au-delà de 45% de MS, l’emploi de souches spécifiques aptes à se développer en milieu sec, est à privilégier. Pas de bactéries encore pour la conservation du foin.
Ils sont extraits de différents végétaux. Le plus connu est le tanin de châtaignier mais il en existe de plus puissant.
Ils agissent en acidifiant rapidement et durablement le fourrage.
Ce mode d’action est « chimique ». Ils peuvent donc être utilisés sur des fourrages pauvres en sucre ou secs. Ils revendiquent de ne pas consommer de sucre supplémentaire à celui consommé par les bactéries lactiques présentent naturellement sur le fourrage et donc de préserver le potentiel le plus complet possible du fourrage. Ils n’ont pas ou peu d’action anti-moisissure.
A forte dose, lorsque le fourrage traité est consommé dans la ration, les tanins revendiquent une action de protection de la protéine dans le rumen.
Quels conservateurs pour quels fourrages et quelles conditions de récolte ?
Dans certaines situations, il peut-être intéressant de privilégier tel ou tel type de conservateur.
Les conservateurs qui ont une action acidifiante forte seront utilisés prioritairement dans les cas suivants où le risque de pertes est plutôt dû au mauvais démarrage de fermentation :
- fourrage récolté humide ou riche en eau (coupe directe, forte pluie, trèfle, date de récolte avancée à cause de la pluie menaçante, …)
- fourrage avec peu de sucre (manque de soleil, espèces à faible production de sucre : dactyle, légumineuses, prairie naturelle, fourrage récolté à un stade avancé, …)
- fourrage riche en protéine et/ ou en minéraux (donc avec pouvoir tampon fort limitant l’acidification) : légumineuses, luzerne, trèfle, pulpe de betterave, graminée récoltée à un stade précoce, …
- Présence de terre (fauche basse, taupinières, …)
- Risque de clostridies ou présence de cadavre (renard, …)
- Ensilage ou Enrubannage qui seront consommés rapidement par manque de stock.
Les conservateurs à action acidifiante forte sont :
- l’acide formique
- les bactéries lactiques homo-fermentaires (voir détail plus haut)
- les tanins
Pour le cas particulier d’un ensilage très humide à moins de 20 à 25% de matière sèche, le risque de pertes par des jus est important. Le conservateur peut également se trouver lessivé rapidement. L'emploi d'acide formique est alors recommandé pour son action immédiate et forte d'acidification.
Les conservateurs qui ont une action anti-fongique donc anti-échauffement seront utilisés dans les cas suivants :
- Partie haute du silo d’ensilage difficile à tasser,
- Ensilage récolté à plus de 45% de MS (difficulté de tassage et présence d’air importante) : maïs épis, céréales inertées, Luzerne, …
- Foin récolté trop humide à moins de 82-85% de MS
- Enrubannage récolté trop humide à moins de 40% de matière sèche (MS) ou trop sec récolté à plus de 60% de MS.
- Fourrage avec présence importante de fusariose ou de champignons
- Chantier d’ensilage très rapide avec temps de tassage court
- Silos d’été qui sera ouvert en pleine chaleur ou silo avec ouverture orientée plein sud
- Réouverture de silo avec incorporation d’un nouvel ensilage
- Anticipation d’un futur avancement dans le silo trop faible avec échauffement, sur la période printemps / été
- Ration complète préparée pour plus d’une journée. Balle d’enrubannage ouverte pour plus de 2 jours.
Les conservateurs à action anti-fongique sont :
- l’acide propionique
- les bactéries lactiques hétéro-fermentaires (voir détail plus haut).
- le sel (chlorure de sodium)
Des situations complexes associant un risque de mauvaise acidification et un échauffement à l’ouverture existent comme pour un ensilage de luzerne par exemple. L’emploi d’un conservateur mixte associant acidification forte et propriétés anti-échauffement est nécessaire. C’est le cas par exemple des conservateurs biologiques associant bactéries lactiques homo- et hétéro- fermentaires.
Si vous récoltez un fourrage de haute qualité au bon stade, et que vous souhaitez en conserver toutes les valeurs, en limitant les pertes au maximum, l’emploi d’un conservateur est un plus incontestable. Il est alors recommandé d’associer un acidifiant et un anti-échauffement pour agir sur toutes les étapes de la conservation et toutes les parties du silo : haut du silo et front d’attaque à l’ouverture ou limiter les risques de présence d’air dans de l’enrubannage ou d’humidité résiduelle dans du foin. Ainsi, l’appétence de votre fourrage distribué dans la ration en sera renforcée.
L’intérêt d’utilisation de chaque conservateur est résumé dans le tableau ci-après :
Conditions optimales d'utilisation selon le type de conservateurs
| Acides organiques | |
|---|---|
| acide formique (acifiant) |
Pour des fourrages humides (Matière Sèche < 25%) ou avec une faible teneur en sucre (< 12%) ou avec un fort pouvoir tampon (légumineuses, dactyle). exemple : luzerne, dactyle, trèfle, prairie permanente, tout ensilage humide. |
| acide propionique (anti-échauffement) |
Si Matière Sèche élevée et risque d'échauffement : foin, grain, ration mélangée, ensilage maïs sec, légumineuses. exemple : enrubannage, foin, céréales, épis maïs ensilé, luzerne, méteil. Utile également pour la couverture du tas d'ensilage et pour limiter l'échauffement à l'ouverture. S'utilise également pour la ration mélangée. |
| Bactéries |
Large plage d'utilisation : optimum entre 25 et 55% de matière sèche du fourrage récolté, et même 60% (maxi, avec des souches spécialement adaptées). Homologation obligatoire des souches de bactéries. Non corrosif. Utilisable en micro dosage pour une préparation et application facile. Taux de sucre mini faible de 10% mini. Ce taux minimum requis est de plus en plus bas au fur et à mesure de la sélection de nouvelles souches de bactéries. Importantes perspectives de développement dans les années à venir avec la R&D. Les multiples associations possibles de bactéries s'adaptent à tous types de fourrage et type de récolte. Choisir le bon produit. |
| homofermentaires (acidifiantes) |
Pour des fourrages humides mais à plus de 20% (sinon risque de perte dans les jus trop important) exemple : ensilage coupe directe ou juste fané. Trèfle. En cas de météo défavorable pénalisant un pré-fanage suffisant. Fourrage à fort pouvoir tampon : légumineuses, mélanges de protéagineux, méteil, céréales. |
| hétérofermentaires (anti-échauffement) |
Pour des fourrages secs (MS > 35% ou pour limiter l'échauffement à l'ouverture (silo d'été ou avancement limité) exemple : enrubannage, ensilage préfanné, ensilage de luzerne à fort taux de Matière Sèches, Méteil, épis de maïs ensilé, céréales inertées. Toutes les situations avec un risque d'échauffement à l'ouverture : front d'attaque haut, silo d'été, silo orienté au sud, avancement faible dans le silo, ajout de plusieurs silos. |
| Tanins (acidifiant) |
Action acidifiante forte. Fonctionnement quelque soit le taux de MS et de sucre. A dose importante, effet de préservation de la protéine. Préserve la valeur en sucre du fourrage. Non corrosif. exemple : mélange protéagineux, maïs, ray-grass, luzerne |
| Sel (chlorure de sodium) (anti-échauffement) |
Action anti-fongique uniquement.Dosage 25 à 30 kg / to de fourrage vert. Risque d'excès pour les animaux si incorporation dans tout le fourrage. exemple : idéal pour le dessus du tas en couverture. |
Comment faire le bon choix de produits ?
Quelque soit le conservateur que vous avez choisi : acide organique, bactéries, tanin, sel, … les critères de choix entre les différentes propositions sont similaires :
- Valider l’efficacité : vérifier les résultats d’essais fiables. Pour les bactéries, les souches doivent être homologuées.
- Valider le dosage : pour un conservateur la dose d’application est très importante et varie énormément selon le type de fourrage (graminées, légumineuses, …), le stade et les conditions météo de récolte (teneur en sucre et en protéine du fourrage) et le type de conservation (ensilage, enrubannage, foin).
- A efficacité identique, sélectionner sur le prix du traitement ramené à la tonne de fourrage traitée.
Quels sont les facteurs clefs de succès de l’application des conservateurs pour une efficacité maximale ?
Pour les bactéries, une bonne répartition dans le fourrage est indispensable car les quantités d’eau utilisées pour les injecter dans le fourrage sont faible (on parle de micro-dosage) et toute dérive sera pénalisante.
Même si elles sont en général protégées de l’emploi d’une eau chlorée, les bactéries sont à diluer plutôt dans l’eau du réseau dont le dosage en chlore est modéré et contrôlé pour ne pas pénaliser leur développement par la suite.
Pour l’ensemble des conservateurs, il y a des doses d’emploi strictes à respecter pour leur efficacité d’action. Une bonne application est donc essentielle.
L’application des conservateurs se fait donc idéalement avec des pompes spécifiques installées sur le matériel de récolte : presses, auto-chargeuses, ensileuses. Parfois, en absence d’équipement, un quad peut-être utilisé pour l’herbe pour pulvériser le produit sur l’andain.
Pour obtenir cette application homogène sur toute la récolte, vérifier régulièrement que la pompe soit toujours amorcée (cas des parcelles en pente, tuyau débranché), que les buses ne soient pas obturées et qu’il reste encore du produit dans le réservoir.
De même, prévoyez au minimum 2 buses pas trop éloignées (meilleure répartition, sécurité en cas d’obturation) et pour les ensileuses : 2 endroits d’application : un dans la soufflerie et un à l’entrée du fourrage dans l’ensileuse.
Calculer vos doses d’apport du conservateur en raisonnant :
- à la botte pour l’enrubannage ou pour le foin (l’idéal étant de peser et mesurer la matière sèche de la première botte).
- à l’hectare donc à la parcelle avec l’ensileuse ou l’auto-chargeuse.
Réajuster si nécessaire le débit de la pompe et mettez plusieurs marques au feutre sur le réservoir pour suivre l’évolution de la consommation du conservateur et faites un point régulièrement toutes les 5 bottes ou tous les hectares.
Si des bottes n’ont pas reçu de conservateurs, marquez les avec une croix à la bombe de marquage pour pouvoir les isoler par la suite, notamment si vous les utilisez pour le rationnement des vaches laitières. Leur valorisation ou leur appétence pourrait être moindre.
A la fin du chantier, l’étape du rinçage est importante car il s’agit de produits acides ou qui peuvent obstruer facilement les buses.
Conclusion
Les fourrages évoluent et sont de plus en plus récoltés à un stade précoce. Ils contiennent beaucoup d’espèces, incorporant plus de légumineuses : mélanges « suisses » ou multi-espèces, méteil protéagineux, luzernière, .... Ils sont de plus en plus riches en protéines et en minéraux.
Les techniques de récoltes évoluent aussi (Shredlage, …), ainsi que les conditions de récoltes : augmentation des hauteurs de silo, rapidité de récoltes avec des machines toujours plus puissantes, …
Rendu à l’auge le fourrage est aussi plus coûteux. Chaque kilo distribué compte et doit être valorisé.
Réussir la conservation est devenu un enjeu important. Et lorsque la décision est prise d’utiliser un conservateur, au moment du choix, il est intéressant d’avoir en tête l’utilité de chacun.
Avec le développement des quantités vendues de conservateurs, de nouvelles générations vont voir le jour. C’est le gage de toujours plus d’efficacité et de valorisation du fourrage de l’exploitation par nos animaux.
Philippe ADAM Responsable Technique Marché Ruminant bactéries homofermentaires
